Sunday, May 17, 2009

17 May, 2009 : Les petits français seraient-ils des sauvages ... ?

Chers amis, je suis désolée de vous avoir laissés sans nos nouvelles depuis 5 jours, mais je me suis retrouvée un peu essoufflée par mon rythme de rédaction! Un nouvel article tous les jours me faisait me coucher bien tard le soir…

Je me suis donc accordée une petite pause, histoire de souffler un peu. Mais depuis j’ai eu un peu de mal à retrouver mon clavier, d'une part parce que le temps passe vite, mais surtout parce que, je l'avoue, je suis crevée! Alors que je trouvais les garçons fatigués en milieu de semaine dernière, je ne devais pas me rendre compte de ma propre fatigue. Cela fait donc 2-3 jours qu'à 21h30 je dors... Donc, pas de blog, Dacia sans sommeil, c’est pas une blague !

Et puis, bien évidemment comme je m'endors très tôt… je me réveille dans la nuit, pour bouquiner une heure ou deux. C'est ainsi que je peux vous annoncer qu'à Edmonton, il fait jour vers 4h40... Officiellement, le soleil se lève à 5h29, mais l'autre matin, il faisait suffisamment jour pour que je voie tout dehors sans difficulté lorsque je me suis recouchée vers 4h45... C'est pour cette raison (trop de lumière dans la chambre) que nous nous étions mis à installer un drap par dessus nos stores (d'intérieur, des vénitiens, plutôt). Ce qui avait l'air d'aider au début, mais soudain l’autre jour je trouvais qu'il faisait jour dans la chambre très tôt... Tahar, dans sa volonté de bien suspendre les draps, pour éviter que ça ne tombe dans la nuit, oubliait en fait de fermer les vénitiens... Maintenant que tout est rentré dans l'ordre, je peux de nouveau reprendre ma plume...

Pendant mon silence, je réfléchissais tout de même à tout ce que j'avais à vous raconter; des événements s'étant accumulés, de journées bien remplies étant passées, le recul étant pris, je me retrouve ainsi avec une quantité de choses dans la tête. Ce que je vais maintenant vous raconter se divise gentiment en trois parties, qui au départ me semblaient isolées. Mais après les événements d'hier, je vois qu'elles sont finalement imbriquées les unes dans les autres...

Je commence donc avec la première partie, les petits français sont-ils des sauvages? Vous aurez peut-être compris qu'en plus de vous donner de nos nouvelles, ce blog sert aussi de lieu de réflexion sur l'interculturel: en quoi les canadiens sont-ils différents des français? en quoi sont-ils différents des américains? J'ai toujours entendu dire que les canadiens n'étaient ni américains ni européens, ou plutôt, qu'ils étaient à la fois comme les américains, mais pas totalement, étant aussi comme les européens. Je pense que les différences entre la France et l'Alberta pourrait vous intéresser plus particulièrement, mais en tant qu’américaine, je recherche aussi les petites différences — très peu visibles — dans les différences culturelles avec les cousins plus au sud... J'ignore si je parviendrai à beaucoup éclaircir ce dernier point, mais allons-y...

Vendredi après-midi je travaillais à la maison, assise à mon bureau, lorsque le téléphone sonne. Je décroche: c'est l'école. Et non seulement c'est l'école, ce que craint tout parent, mais c'est la principale en personne. Aïe aïe aïe ...

« Oui? » je réponds avec trépidation. Ce n'est jamais une bonne nouvelle...

Elle me raconte qu’elle a récupéré Adnan et Ismaël dans son bureau, qu’ils ont été virés de la classe par la maîtresse, parce qu'ils se battaient, et dérangeaient le bon déroulement de la classe. Apparemment, c'est un problème qui durait depuis leur arrivée, la maîtresse leur avait accordé du temps d'adaptation, mais là, elle en avait eu assez.

Comme je vous avais déjà raconté, Ismaël et Adnan se sont retrouvés dans la même classe, à deux niveaux (3rd et 4th grade). Lorsque les deux garçons avaient été placés ensemble dans la même classe le premier jour, avec Tahar on s'est regardés, assez interloqués... Bon. Laissons donc faire. De toutes les façons, il n'y avait pas le choix.

La principale les avait donc récupérés, les avait placés dans la "time-out room", un concept qui date de l’éducation nord-américaine des années 80 et 90, lorsque cela devenait vraiment mal vu de frapper ses enfants quand ils faisaient des âneries… au lieu de les frapper, on les éloigne et les met au calme pour qu’ils se calment, mais il faut dire que ça laisse aussi au parent la possibilité de ne pas aller jusqu’au bout de son énervement, pour que lui aussi se calme. La principale m'appelait donc à la maison pour m'en informer. Egalement, j'ai eu le plaisir d'apprendre que si ça recommençait, ils seraient renvoyés à la maison pour la journée.

« Mmm, je vois. Merci d'avoir téléphoné. » On raccroche.

Dans cette histoire, il y a l'inconvénient évident — assez énorme — que si les enfants se font virés de l'école, notre mission en venant ici aura échoué. Les enfants ne seront plus scolarisés en anglais, et moi, ben… le livre qui attend si patiemment que je termine de l’écrire sera de nouveau remis aux calendes grecques...

Pas possible, donc. Mais comment faire pour éviter que cela ne se produise? Comment faire pour éviter que deux frères ne se disputent? Plutôt leur demander d'arrêter de respirer... ! Dans une fratrie, la dispute fait partie de la vie entre frères, étant quelque part fondamentale à la construction de leurs identités, aussi désagréable soit-elle.

Puis il y a tout le problème d'une inadéquation entre un système éducatif dans lequel on travaillait jusqu'à présent (France) et le nouvel environnement. Alors oui, que faire? En quelque sorte, voici notre vrai premier conflit culturel, car les répercussions seraient de taille pour nous tous.

Après le coup de fil, je me remets au travail en commençant à réfléchir à tout ça…

Vers 15h30, les garçons passent la tête par la porte de l’entrée, avec l'air d'attendre une réaction particulière. Avec un calme qui devait les inquiéter, je les fais s'installer à table, sans rien dire de particulier. Ils prennent leur goûter. A la fin, Hadi me demande s'il peut jouer dehors... Adnan et Ismaël n’osant pas me demander, je mets tout de suite les choses au clair en leur annonçant qu'à mon avis, ils devaient rester à la maison afin de réfléchir, car ils devaient à tout prix trouver une solution à ce vrai problème...

Sans protester, ils se sont installés sur le canapé pour se gratter les méninges...

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Le récit que j'ai recueilli de la part des garçons est le suivant, toujours à prendre avec des pinceaux, bien entendu. Nous avons tous tendance à embellir nos histoires, surtout lorsque ça va plutôt mal...

Rien que de plus typique: Ismaël a asticoté Adnan, Adnan lui a répondu — en français, Ismaël s'est fait un malin plaisir à traduire les propos peu flatteurs de son frère à la classe, et Adnan, perdant de ses moyens, a bousculé son frère, pas très tendrement de l’avis partagé des deux garçons, mais il n'y a pas eu de sang, de coups, de chute, d'os cassé... Enfin, en toute apparence, une dispute assez typique. Sans plus.

Récit qui sera, bien entendu, complété la semaine prochaine lorsque j'aurai été voir la maîtresse...

Nous sommes-nous habitués à un niveau de violence dans notre quotidien, pour que cette dispute nous semble banale ? Ces petits français, seraient-ils donc des sauvages, incapables de se contrôler en public? incapables de se comporter en êtres ... civilisés? C'est une lecture de l'affaire. Soit. Mais il y a tout de même un certain nombre de points qui m’interpellent. Quelques réflexions:

1. Jamais, jamais l'école française ne nous aurait téléphoné (dérangés?) pour une dispute que je qualifie de mineure. Si encore, cela avait été violent, sanglant, etc., ou si les garçons avaient tapé un autre enfant mais bon...

2. S'il y a un problème entre frères, l'école aurait tout fait pour régler le problème 'intra-muros' avant de nous contacter ... Quelque part, on a l'impression que l'école en France s’implique plus dans l'éducation de ses charges. Alors qu'au Canada, les parents sont bien plus rapidement priés d'assumer leurs responsabilités en cas de problème, même relativement mineur.

3. Bien entendu, c'est aussi parce que les parents sont plus tenus à l'écart de l'école en France que les enseignants doivent travailler plus pour préserver la paix dans l’enceinte de l’école. Aux Etats-Unis, en tout cas, les parents sont beaucoup plus impliqués — et autorisés à l'être — dans la vie de l'école. Je suppose que c'est également le cas au Canada. Ce qui expliquerait peut-être le déplacement rapide de la prise en charge des problèmes vers la maison…

4. Paradoxalement, dans un milieu scolaire où les enfants remarquent qu'on les laisse plus libres, aussi bien en ce qui concerne le travail à l'école, que leur façon d'aborder le travail, que l’organisation de leur journée ... on leur laisse moins de liberté dans le comportement. Des comportements qui sont, d’une certaine manière, plus tolérés en France (combien de fois n’ai-je pas entendu « oh, mais laisse-les ; ce sont des garçons ! », ce qui me semblait toujours être une autorisation implicite à les laisser se comporter comme des sauvages…), ces mêmes comportements sont clairement moins tolérés par les canadiens, même entre frères.

5. Ma dernière observation nous mènera vers mon prochain article : les canadiens me semblent très sensibles et chatouilleux envers le manque de civilité. Mais d’autres observations que nous avons faites depuis notre arrivée nous permettent d’apprécier cette remarque sous une autre lumière …

Stay tuned !

3 comments:

  1. Les bagarres en classe, dans ma longue vie d'enseignante, j'ai noté à ce sujet une notable différence entre Le Lycée Français d'Alger et le C.L. François Villon de Paris .
    Vu l'importance du Lycée à Alger, il était assez rare que des membres d'une même famille se retrouvent dans une même classe, mais cela est arrivé (jumeaux,redoublement..cousins germains )et j'ai toujours été impressionnée par la solidarité scolaire in situ des "enfants" d'une même famille,alors que j'apprenais par les parents que c'était bien différent à la maison....,chez des amis...., bref hors du milieu scolaire...ce qui me rassurait....les enfants étaient "normaux" !!
    Si bagarres il y avait, c'était particulièrement du genre "joutes orales", difficiles à gérer,certes pour que cela ne dégénère pas...mais gérables !!
    A Paris, ce fut différent car "il fallait tout de suite régler le problème" m'assuraient les élèves... et j'ai dû souvent intervenir en classe pour calmer les esprits échauffés par ce que mon père appelait "un(e) attise-mêlée"....qui avait l'art de déclencher "l'alerte rouge" ce que fit Ismaël et ce que je déplore.Mais je pense que les garçons vont bien réfléchir, aidés par leurs chers parents,pour ne plus trop se faire remarquer...mais surtout se soutenir..je leur fais confiance...
    A plus tard pour d'autres réflexions matinales !!Bisous

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  2. Ce que je voulais ajouter, c'est que, à la différence du système canadien (et de certains collègues français) c'est que j'ai toujours assumée seule les diverses situations auxquelles j'ai été confrontée .
    Jamais je n'ai fait appel aux surveillants, aux Conseillers d'Education, au Principal voire au Proviseur....(hiérarchie Education Nationale !!)... et encore moins aux Parents....même en Collège Zone Sensible!!
    ""Trop forte !!"
    Allez Au revoir

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  3. Merci pour ces propos rassurants... Même si les réactions entre frères sont toujours vives, quand on les arrête en leur faisant remarquer ce qu'ils sont (encore!) en train de faire, ils semblent beaucoup plus sensibles au problème.

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