Wednesday, May 6, 2009

06 May 2009 : Premières impressions de l'école

Les garçons ont en effet déjà remarqué pas mal de différences, par rapport à la France, qui pourraient vous intéresser. Je vous les résume ici:

Organisation de la journée
Déjà, les garçons sont épatés car par rapport à la France, ils ont vraiment l'impression de ne rien faire, et d'être en vacances! Il est vrai que les rhythmes scolaires ne sont pas du tout les mêmes...

Leur journée démarre tranquillement à 9h. Il faut simplement qu'ils soient à l'école pour 8h50, lorsque ça sonne.

Hier, pour la deuxième journée, nous ne savions pas encore qu'en fait ça SONNE à 8h50 pour que les enfants entrent; nous pensions qu'il fallait qu'ils soient dans leur classe pour 8h50! Nous sommes donc arrivés, tout essoufflés et un peu stressés car craignant d'être en retard (on a quitté la maison à 8h44... encore une histoire à raconter).

Avec Adnan, on passe donc la tête par la porte de sa classe, pour constater qu'elle était ... VIDE! Les chaises n'avaient même pas encore été descendues des tables. Je lis sur le visage d'Adnan les mêmes interrogations qui devaient se trouver sur le mien: Où était donc tout le monde? C'était quoi, ce mystère? Qu'est-ce qu'on n'avait pas compris encore?

Deux secondes après, soulagement: ça sonne, et les enfants commencent à entrer par la porte de côté...

Proximité de la maison
En fait, une chose que je ne vous ai pas encore racontée, c'est que nous habitons littéralement à 3 minutes à pied de l'école ... le rêve! Regardez, on sort de la maison:



On descend notre petite allée à côté de la maison en direction de la rue:



On tourne à gauche, et là-bas, le bâtiment que vous voyez au fond, c'est l'école! (le truc blanc devant l'école, c'est le tram).



Depuis deux semaines, la ville d'Edmonton a ouvert une ligne de tram qui passe entre notre maison et l'école. L'énorme avantage, c'est qu'ils ont aussi construit un souterrain, ce qui permet aux enfants de ne traverser aucune rue. Assez rapidement, ils vont donc pouvoir aller à l'école tout seuls. Ce matin, Tahar les a accompagnés jusqu'à l'arrêt du tram, qui le dépose, lui, directement à la fac; Hadi, Adnan et Ismaël ont continué sur les derniers 50 mètres tout seuls...

En plus, le comble du bonheur: l'école possède un énorme terrain de récréation, avec terrains de foot, de baseball, et pleins de jeux:

[photos à venir...]

Quand on a découvert tout ça ce weekend, nous nous sommes empressés de sortir trouver un magasin de sport acheter un ballon de foot, pour qu'ils puissent en profiter. Déjà, tous les 4-5 'blocks' (pâtés de maisons, qui sont vraiment organisés en carrés réguliers, comme aux US), on trouve un autre parc, et puis il y a aussi... mais attendez! Je dois d'abord vous raconter ces impressions sur l'école avant de vous raconter la ville! Ce sera donc pour une prochaine fois...


La liberté des comportements
Ismaël et Adnan étaient tout surpris, impressionnés même, d'apprendre qu'ils pouvaient se lever quand ils voulaient pour aller aux toilettes et boire. Wow! Vous vous rendez compte? Alors, combien de fois, à votre avis, ont-ils profité de ce 'nouveau' systèm...? Vous qui connaissez Adnan, par exemple.... Oui, je vous vois en train de rigoler. Ismaël, non plus, n'est peut-être pas totalement innocent à mon avis ...


Premiers pas vers le capitalisme ...?

Une autre des choses que les garçons nous ont racontées après leur première journée, ce sont les règles de vie à l'école: faut payer! Par exemple, pour avoir le droit de prolonger la récré de 10 minutes, il faut payer $5. Pour pouvoir mettre les pieds sur la table, ça coûte $15. Tu veux mâcher du chewing-gum en classe? $10, please!

D'un certain point de vue, que je saisis, étant finalement de la même culture d'origine, l'école cherche à responsabiliser les enfants. Que s'ils veulent des choses dans la vie, ils doivent être prêts à fournir un effort. Sauf qu'ici, c'est un effort qui coûte... littéralement.

Réflexion de Tahar (vous allez le reconnaître): c'est aussi l'apprentissage d'un système fait pour les riches, car si on a de l'argent, on peut faire tout ce qu'on veut!

Y compris ne pas respecter les règles de vie en commun... Alors, nos enfants sont-ils des riches?


Problèmes de comportement dans la classe d'Ismaël et Adnan...

Pour illustrer ce dernier point, je vous raconte le message qu'ont rapporté Adnan et Ismaël de l'école hier: Désormais, ils doivent aller à l'école avec une bouteille d'eau et 3 x 25 cents. Pourquoi? Parce que les enfants de la classe abusent d'un système qui les laisse, librement, se lever boire et aller aux toilettes quand ils veulent.

Ils n'auront plus le droit de se lever pour boire (d'où la bouteille d'eau), et pour aller faire pipi, il va falloir désormais dépenser 25 cents pour le droit d'y aller. Si, à la fin de la journée, ils ont encore leurs trois sous sur la table, ils auront droit à 15 minutes de libre; deux sous, 10 minutes de libre, et ainsi de suite.

Une particularité du système scolaire et social anglo-saxon: comme dans toute société, tout le monde est censé savoir ce qui constitue un comportement convenable, i.e., 'la règle' (on a le droit de se lever en classe, mais on ne le fait pas, parce qu'on sait que ça dérange). Cette règle est souvent internalisée. Par conséquent, on n'a pas à poser de conditions externes et explicites pour encadrer le comportement (vous n'avez pas le droit d'y aller), ce n'est pas la peine parce que l'individu "s'autorégule". Les règles ne sont pas rappelées; ça va de soi.

C'est donc tout de même assez étonnant, qu'à la fin de l'année scolaire, au mois de mai, la maîtresse en soit encore à leur rappeler ces règles de base... quand même! En fine pédagogue, n'est-ce pas, je me suis même laissée aller à quelques petites réflections sur l'utilité d'un système qui laisse une entière liberté aux enfants... justement, ils doivent apprendre! Comment peut-on apprendre si la structure qu'on doit apprendre n'est pas explicite?

Nous avons donc rappelé à Adnan et à Ismaël que ne pas se lever pour aller aux toilettes ou boire est un comportement acquis à la fin du CP en France. Par conséquent, en bons parents ce matin, nous leur avons expliqué que comme ils sont capables de se contrôler, et ce depuis déjà des années, ils n'avaient pas à emmener de bouteille d'eau, et on leur a symboliquement donné à chacun trois pièces de monnaie: 1 centime d'euro, 2 centimes d'euro, et 5 centimes d'euro. Comme ça, on avait l'impression de ne pas tomber dans le piège de "On paie, on peut..." Et puis, pensait-on, la maîtresse allait être impressionnée par notre sagesse parentale...

Mais, pas si vite. Car que se passe-t-il lorsque des enfants, habitués à un système où les règles de comportement sont explicitées, ou en tout cas réitérées souvent comme à l'école primaire en France, arrivent dans un système où la règle est implicite? Où il règne une 'apparence' de liberté? Puisqu'on leur a dit qu'ils pouvaient...! Comme on dit, absence d'interdiction égale autorisation!

En réfléchissant à cet incident depuis que je vous écris, et en revoyant l'inquiétude d'Ismaël ce matin avant d'aller à l'école qui venait de comprendre qu'on n'allait pas lui donner 3 x 25 cents, comme lui avait dit sa maîtresse, je suis en train de me demander si la nouvelle règle instaurée dans la classe ne s'appliquait pas uniquement à nos enfants???

Affaire à suivre....

Enfin, liberté d'expression...
Hadi, étant un peu plus grand et du genre qui réfléchit aux choses, nous a rapporté des observations sur sa journée d'hier, où il mettait en valeur la différence des pratiques par rapport à la France.

La 6ème en France, on ne rigole plus. Ça bosse dur. Toute la journée.

Hier, dans la classe de Hadi, ils ont parlé de la Grèce antique, un sujet qui le passionne et qu'il avait déjà vu avec ses profs à Chamalières. Lui, qui a désormais l'habitude de prendre sagement des notes, de noter et recopier tout ce que dit le prof, a été vraiment impressionné, abasourdi même, par la liberté qui leur a été laissée pendant la leçon.

Il m'a expliqué, tout excité, que "les enfants n'écrivaient pas ce que disait le prof; on a lu un texte, et après, le prof voulait savoir ce qu'on en pensait! Et tu sais, on pouvait dire tout ce qu'on voulait! Mais vraiment! Tout!" Tout en me racontant la scène, le pauvre Hadi a un peu perdu l'usage de la parole, ne pouvant plus que secouer sa tête, devant son étonnement.

Il m'a montré ses notes, présentées sous forme de tableau:
1ère colonne: des éléments relevés dans le texte ou dans la discussion
2ème colonne: des questions ou réflections qui leur venaient à l'esprit, par rapport aux premiers points soulevés
3ème colonne: la relation entre ces premiers éléments et l'expérience personnelle de l'enfant

Et vous savez, ils pouvaient écrire tout ce qu'ils voulaient!


Et puis, la vie d'un enfant est faite pour autre chose que l'école et le travail

L'école se termine ici à 15h20. Une journée courte par rapport au 16h30 à l'école primaire et au 17h du collège en France.

De plus, il n'y a pas de devoirs — ni même de 'leçons' à apprendre. Tout au plus, le prof de Hadi demande à ce que tous les élèves de la classe lisent au moins 30 minutes par jour.

Lorsque j'ai été voir le prof de Hadi lundi après la classe, il m'a expliqué qu'à son avis, la vie d'un enfant est bien courte, et qu'on doit leur laisser le temps de la vivre.

Voilà pourquoi les enfants, tous les trois, ont vraiment l'impression d'être en vacances... Après l'école, ils sont, en théorie au moins, libres! En tout cas, ils prennent toujours le chemin de l'école avec empressement et plaisir. Nous verrons par la suite....

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