Wednesday, July 1, 2009

1 July, 2009 : Canada Day


Aujourd'hui, c'est la fête nationale canadienne: Canada Day.

Le 1er juillet, 1867, marque le jour où quatre premières provinces se sont constituées en confédération: l'Ontario, le Québec, la Nouvelle Ecosse, et le Nouveau Brunswick. Assez rapidement se sont jointes à la confédération canadienne: le Manitoba (1870), la Colombie Britannique (1871), Prince Edward Island (1873), suivies par l'Alberta et le Saskatchewan (1905), et Terre Neuve - Labrador (1949). S'ajoutent à cette liste trois territoires: le Yukon (1898), les Northwest Territories (1870), et plus récemment, le Nunavut (1998). Le drapeau canadien que nous connaissons tous date de 1965, lorsqu'il a été officiellement adopté pour remplacer l'Union Jack.

Toujours à la recherche de « l'essence canadienne » — et de ce qui différencie le Canada de ses cousins au sud, dont je fais partie — cela fait des semaines que je guette les moindres indications qui pourraient révéler « l’âme canadienne ».

Pourquoi les français, les américains et autres peuples du monde décident, en arrivant au Canada, d’y rester ? Pourquoi nos enfants se sont-ils autant plus à l’école ? Pourquoi ont-ils maintenant envie de rester ici, et de vous faire venir ?

Evidemment, la réponse à ces questions dépasse le simple forum de ce blog, mais nous avons observé au moins deux choses qui pourraient contribuer à la discussion :

La mixité raciale et la tolérance de la différence
Depuis notre arrivée, en effet, ce qui nous frappe, c’est la grande mixité raciale. En effet, d’un point de vue purement superficiel, quand on marche dans la rue, quand on voit les enfants dans la cour de recréation de l’école, on voit des gens de toutes les couleurs : beaucoup de races différentes dans les rues et les écoles, beaucoup de couples mixtes, beaucoup d’enfants métissés, des jeunes filles avec la tête couverte qui travaillent comme caissières dans les supermarchés. Bien plus de mixité qu’à Chamalières, c’est sûr (d’accord, rigolez), mais pour une petite ville (750 000 habitants), on témoigne d'une variété digne d’une ville de 11,6 millions d’habitants… (Paris ??? et pas dans tous ses quartiers...). Petit constat: il est vrai qu'on ne voit pas beaucoup de Noirs, ici à Edmonton.

Le week-end dernier, nous avons reçu un couple avec deux enfants qui va peut-être louer la maison après notre départ à la fin du mois de juillet. On nous a questionné sur la difficile intégration des arabes et africains en France, ce à quoi Tahar a répondu qu’en fait, « il n’y avait pas d’intégration possible. » Mais pour ce couple canadien, ce problème n’existait pas ici, un peu comme si les canadiens tenaient si peu à une identité nationale fixe, centrée sur l’homme blanc, que la tolérance de la différence était non seulement possible, mais grande. En apparence seulement? Je ne saurais le dire.

Je pense tout de même qu’il a dû y avoir des variations selon les époques… Le Canada n’a pas toujours eu une politique d’accueil des étrangers aussi… accueillante, notamment jusqu'au milieu des années 1990. Autrefois, les seuls étrangers qu'on accueillait facilement étaient les British...

Absence d’agressivité
Une autre observation est sortie de la rencontre avec la famille canadienne, une qui grandissait tout doucement dans mon esprit depuis quelques semaines déjà. C’est devenu explicite lorsque Chris a partagé ses propres observations étonnées en tant que canadien en visite aux Etats-Unis : « Ce qui m’a le plus frappé » a-t-il dit, « c’est la violence des interactions entre américains. » Mais c’était exactement ça ! Ce que j’avais remarqué ici, c’est tout à fait l’inverse : je me suis rendue compte que moi, en tant qu’américaine, me retrouvais sans cesse étonnée devant certaines scènes observées ici, car je m’attendais à une réponse agressive. Mais, à mon grand étonnement, l’agressivité n’était pas au rendez-vous, comme je l’attendais… Ce sont pourtant des anglophones, ayant à peu près le même accent, la même physiologie, la même « pop culture » que les américains … mais, en cas de conflit, tandis qu'un américain t’aurait menacé de ses cris, de son poing, de son flingue qu’il aurait sorti de sa voiture… ici, rien. C’est drôlement curieux, et Chris n’avait pas d’explication. Et pourtant, les armes à feu ne manquent pas au Canada ...

Je me suis donc demandée, l’autre jour, si l’attitude que je trouvais si « bizarre » et je l’avoue, un peu « exagérée » de la part de l’école, qui « menaçait » de renvoyer Adnan et Ismaël de l’école s’ils n’arrêtaient pas de se battre « entre frères » n’était pas en fait un aspect plus visible de ce qui produit ce manque d’agressivité entre canadiens… Aucun dépassement agressif ne serait toléré...

Je n’ai pas de réponse plus développée là-dessus, et doute avoir le temps de la trouver avant notre départ.

Etre canadien
Pour terminer, je voulais vous raconter un article paru dans la presse gratuite (oui, Métro existe ici à Edmonton, aussi !), à l’approche de Canada Day. L'article s'intitule « Etre canadien » (« Being Canadian »).

Comme fait remarquer l’auteur de l’article, il y a désormais presque 7 milliards d’habitants sur la Terre. Le Canada constitue environ 33 millions de personnes, ce qui veut dire qu’on a une chance sur ,05 de naître canadien.

Il énumère ensuite tous les avantages de naître canadien :

  • liberté de mouvement. On est libre à tout moment de changer son nom, se faire appeler par un symbole et partir en Colombie Britannique. D’autres l’ont fait avant....
  • liberté de religion. Quand un canadien rencontre un membre des raëliens, il hausse les épaules et dit « à chacun ses préférences » (« to each his own »).
  • gratuité des soins. En tant que canadien, on peut s'amputer du doigt avec une scie, le mettre dans un sac avec des glaçons et se le faire rattacher gratuitement.
  • conscience écologique. Désormais, être canadien signifie payer 5 centimes le sac plastique au supermarché, afin d’encourager les gens à utiliser des sacs en tissu.
  • sens de l’humour. Mais, comme fait remarquer l’auteur de l’article, si jamais on doit mettre son doigt dans un sac en route pour l’hôpital, il vaut mieux accepter de payer les 5 centimes ; ça marche mieux qu'un sac en tissu.
  • protection des droits individuels. Au Canada, Harold peut épouser Samantha, Carol peut épouser Johann, et Ahmed peut épouser Frank.
  • droit de vote. Les Canadiens peuvent voter, renvoyer et remplacer des gouvernements, sans jamais tirer de balle (une référence implicite aux cousins du sud me semble possible...).
Au Canada, également, on a le droit de faire des choses folles, comme courir en culotte dans la rue, surtout lorsque c'est pour la bonne cause... Le week-end dernier, avec les enfants en rentrant du parc, nous avons croisé une quantité importante de personnes qui couraient dans la rue, vêtus uniquement de leurs culottes... dont certaines étaient TRES TRES petites... (les garçons poussaient des cris de dégoût, trouvant certaines tenues vraiment « limites »...)

Renseignements pris, nous savons maintenant que c'était une course pour financer la recherche contre tous les cancers « en dessous de la ceinture ». Ce qui explique aussi le geste d'un jeune homme qu'on avait vu au marché le matin même, qui se faisait épiler par les passants, en demandant un petit don selon les possibilités des uns et des autres. Il expliquait bien que c'était pour financer la recherche contre ces types de cancers, mais moi, cyniquement, trouvais que c'était le bon plan pour financer sa soirée entre potes au pub samedi soir ...

Apparemment, avec ma tendance à chercher l'agressivité partout et à douter de la sincerité des gens, je ne suis pas prête à devenir canadienne aujourd'hui. Et pourtant ...

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